Récemment, La Presse affirmait que 810 000 emplois au Québec (18 % de la main-d’œuvre) seraient menacés par l’IA, citant une étude de l’Institut du Québec.
Ce genre de manchettes alimente le sentiment que nous fonçons tout droit vers un mur en matière d’emplois.
Mais est-ce le cas?
Réponse courte : Oui, mais seulement si on n’embarque pas dans la transformation du monde du travail.
À mon avis, on devrait plutôt parler de tâches automatisées que d’emplois éliminés. Et c’est particulièrement vrai pour notre industrie de la comm et de la créativité, où le quotient humain et la créativité restent des avantages concurrentiels… pour l’instant.
Les “pertes d’emplois” sont souvent pour des tâches automatisables de toute façon. Ce ne sont pas toujours les emplois qui disparaissent, mais une partie des tâches qu’on peut confier à la machine.
Une évolution plutôt qu’une destruction massive
Une autre étude, du World Economic Forum cette fois, Future of Jobs Report 2025, montre qu’entre 2025 et 2030, environ 92 millions d’emplois seraient menacés à l’échelle mondiale, alors que 170 millions de nouveaux emplois verraient le jour, pour un gain net… de 78 millions d’emplois.
On ne parle donc pas d’un grand remplacement, mais plutôt d’une évolution accélérée du marché du travail.
Oui, la nature des emplois va radicalement changer. Les vieux modèles basés sur des tâches répétitives seront confiés à l’IA. Les nouveaux métiers vont être dans le design créatif, la stratégie, la direction de création, l’expérience en situation réelle, le développement d’IA ou encore la cybersécurité… tout ce qui exige du flair humain.
Mais une chose est sûre : si tu es remplaçable, tu seras remplacé. Dans la nouvelle économie de l’IA, il n’y aura pas d’humains effectuant des tâches inutiles ou des employés inefficaces maintenus dans leur emploi.
Soyons honnêtes : l’IA sait déjà écrire des textes, générer des images et même concevoir des concepts qui sont meilleurs que 80% du travail humain.
Il y a des créations qui se prêtent bien à l’automatisation : le copywriting, la traduction, la recherche, la création de certains visuels ou les descriptions de produits, par exemple.
Toute tâche qu’une machine fait “mieux” était probablement juste temporaire pour l’humain.
Là où l’IA s’arrête, sans émotion, instinct ou humour, l’humain peut injecter ce qui rend un contenu unique et marquant pour les autres humains. C’est là-dessus qu’il faut se concentrer.
Le Québec est-il en retard?
Selon l’étude de l’Institut du Québec reprise par La Presse, seulement 12 % des entreprises québécoises prévoient adopter l’IA dans la prochaine année. 12%!
Ce taux reste modeste comparé à l’ampleur du phénomène ailleurs. Donc oui, le Québec est en retard.
Une adoption plus lente veut dire moins de chocs pour les postes à remplacer. Mais, cela veut aussi dire que c’est un gros frein à notre productivité à long terme.
Trop tarder à implanter l’IA risque de nous faire perdre un avantage concurrentiel énorme et nous reléguer au fond du classement de la productivité et de l’inventivité.
Plutôt que menace de pertes emplois, parlons de ratio
« Ce n’est pas tant la disparition d’emplois qu’il faut craindre, mais plutôt l’impact sur les travailleurs qui n’ont pas la possibilité de se réorienter. »
–Étude de l’Institut du Québec
Mon avis reste optimiste : l’automatisation des tâches, bien gérée, peut créer plus de valeur qu’elle n’en enlève. Au lieu d’un remplacement total, on peut espérer un ratio plus favorable en notre faveur, exemple : 1,5 nouvel emploi technologique créé pour chaque emploi perdu.
Des chiffres comme ceux avancés par La Presse peuvent créer de l’anxiété. Mais comme le souligne l’autre étude du World Economic Forum, la mutation massive du marché du travail laisse entrevoir autant de créations que de rationalisations de tâches.
Le Québec est capable de grands projets. L’adoption de l’IA est probablement son plus grand défi à ce jour. Mais pour éviter le grand remplacement, il faut s’y mettre… et tout de suite.