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Entertain AI : on est encore en transition (et c'est correct)

Mes impressions du sommet Entertain AI à Montréal : la parole aux praticiens, les coulisses, et le mot de l'année.

Mi-février, c’était le sommet Entertain AI à Montréal. La grande messe de la créativité en intelligence artificielle. Il y avait presque autant de monde que l’année passée, sinon autant.

Honnêtement, l’événement mériterait le double. Moindrement que tu travailles en création, c’est quelque chose qui va te toucher.

Je vais vous donner mes impressions brutes.

D’abord : on est chanceux d’avoir ça

Le Québec, comme nation créative, se doit d’avoir des événements forts comme Entertain AI. C’est un point d’ancrage. Un endroit où les créateurs se retrouvent, échangent, et voient ce qui se fait ailleurs.

J’ai d’ailleurs appris pendant le sommet que deux autres événements créatifs n’auraient pas lieu cette année (C2 et Hub). Ça m’attriste. On a besoin de ces rassemblements. Tant mieux si Entertain AI existe et revient l’an prochain.

Un des points que j’ai vraiment appréciés : l’ouverture à la France et la délégation qui vient année après année. Leurs écosystèmes sont plus grands, leurs tops créateurs ont souvent une longueur d’avance sur certains aspects.

On a notamment pu voir Helo , un projet de la délégation française, un univers BD que tout le monde peut s’approprier à travers des outils de création de leur choix ou ceux offerts par le projet. Des initiatives comme celle-là, c’est inspirant.

Entertain AI : on est encore en transition (et c'est correct)

Donner la parole aux praticiens

De mon côté, j’ai eu la chance de donner ma conférence Comment créer quand l’IA rend tout possible , où je parle du changement de posture à adopter quand les outils changent plus vite que nos réflexes. J’ai aussi répété l’expérience d’un prompt battle, cette fois en invitant davantage le public à participer. Les gens ont adoré le côté interactif et concret.

Entertain AI : on est encore en transition (et c'est correct)

J’ai également contribué à la programmation en proposant à l’événement deux de mes créateurs préférés. Julien Vallée est venu parler de ses expérimentations, et mon partenaire Sébastien Rivest nous a rappelé à quel point il est nul en dessin (c’est vrai) mais que l’IA le transforme en hypercréateur. Pour le paraphraser : « C’est comme si j’avais un jack pluggé dans le cerveau. » Je pense que c’était important de donner la parole à des gens qui pratiquent au quotidien, et l’événement de cette année a rempli le mandat.

Entertain AI : on est encore en transition (et c'est correct)

Les coulisses valaient autant que la scène

Mon impression la plus forte, c’est que les conversations les plus riches n’étaient pas sur scène. Elles étaient dans les corridors, entre les blocs, pendant les pauses. Les gens que j’ai rencontrés, ce qu’ils avaient à partager, les liens qu’on a tissés. C’est là que ça prend toute son importance.

Entertain AI : on est encore en transition (et c'est correct)

Et les sujets de corridor, c’était ça : Claude Code, Claude Cowork, OpenClaw, tous les nouveaux workflows qui changent la donne en ce moment. Ces outils-là ont à peine quelques semaines d’existence, donc c’est normal qu’on n’en parlait pas encore sur scène. Mais dans les échanges un à un? C’était le sujet numéro un.

J’ai aussi remarqué un décalage entre ce qu’on entendait sur scène et la réalité du terrain. L’IA va tellement vite que certaines études de cas présentées dataient de trois, six mois, bref… des expériences faites avec une technologie qui avait déjà changé.

Par exemple, une présentation évoquait les limites de ElevenLabs et ses conditions qui empêchent son l’utilisation commerciale, alors que c’est faux et inexact, et les résultats n’étaient qu’évoqués et non montrés. Bref, c’était déjà daté.

C’est un problème structurel : ça prend parfois six mois pour monter une programmation de conférence. Quand ton domaine change toutes les trois semaines, c’est presque impossible de rester à jour le jour J. C’est un défi que tous les événements IA vont devoir affronter.

Le mot de l’année : transition

Si je devais résumer Entertain AI 2026 en un seul mot, ce serait transition.

L’an passé, c’était vraiment les débuts de quelque chose. Cette année, la technologie a avancé, les pratiques aussi, mais on reste encore dans du bidouillage, dans la connexion d’outils, dans l’expérimentation.

Est-ce que la promesse de l’IA est reconnue? Oui, clairement. Est-ce que la transition est complète? Non. On en a probablement encore pour deux ou trois ans avant que ça se stabilise. Et je pense que l’année prochaine, le mot “transition” va revenir.

Je commence à voir se dessiner deux classes de travailleurs créatifs. Les augmentés, ceux qui ont réellement pris le virage, qui sont capables de faire leur propre app, de coder des choses, d’intégrer et de produire avec l’IA au quotidien. Et ceux qui sont encore en observation, qui regardent de loin. C’est un sujet qui revient de plus en plus, mais combler cet écart-là reste difficile.

La meilleure phrase du sommet

Lors d’un panel, Samuel Tétrault des 7 doigts de la main a dit : « Le dentifrice de l’IA est sorti du tube. » Impossible de le remettre dedans.

C’est exactement ça. On est pogné avec le dentifrice sur le comptoir. La question maintenant, c’est qu’est-ce qu’on fait avec? Comment on agit comme créateur?

Je pense qu’on est toujours mieux de maîtriser quelque chose que de ne pas le maîtriser. Les firmes font beaucoup de recherche et d’expérimentation, notamment Rodeo FX, et c’est beau à voir.

Ce que j’en retiens pour nous

Ma vraie réalisation personnelle après ces deux jours, c’est qu’on est encore dans une bulle. Je m’inclus là-dedans. On est des innovants, des early adopters, et on oublie parfois que le reste du monde ne suit pas nécessairement la parade.

Les gens dans la salle à Entertain AI, c’est du monde allumé. Mais dehors, la majorité des créateurs n’en sont pas là. Il va falloir les inviter, les inclure dans la conversation, pas juste parler entre nous.

Et l’an prochain sera un défi déterminant. Il faut qu’il se passe quelque chose de gros au Québec, que ce soit avec Entertain AI ou autrement. On a le talent créatif, on a les praticiens, on a l’appétit.

Maintenant il faut que ça lève pour vrai. Si vous êtes dans le domaine de la création, venez l’année prochaine. On a besoin de se rassembler pour traverser cette transition-là ensemble.

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