L'IA rend tout facile (et c'est un problème pour les créatifs)
L'essentiel de ma conférence au sommet des Rendez-vous de la création de contenu : se libérer du cadre hérité et cesser d'être des faiseurs.
L’IA rend tout facile (et c’est un problème pour les créatifs)
Voici l’essentiel de ce que j’ai dit lors de ma conférence lors du sommet des Rendez-vous de la création de contenu du 19 novembre dernier.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle rend les choses plus faciles, plus rapides. C’est super excitant. Mais je vais vous dire une chose : c’est aussi un problème pour les créatifs.
Pourquoi ? Parce que quand c’est facile, tout le monde le fait.
Si tout devient possible et instantané pour tout le monde, est-ce qu’on aura encore besoin de nous ?
Pour s’en sortir, il va falloir arrêter d’agir comme les moines copistes à l’arrivée de l’imprimerie. À l’époque, copier une Bible prenait des mois. Quand la presse de Gutenberg est arrivée, elle a réglé le problème d’un coup.
Les moines ont dû se trouver d’autres « ventures », comme la bière et le chocolat… good for them, mais surtout, l’humanité a pu imprimer des livres de maths et de sciences, ce qui a mené au Siècle des Lumières.
On vit exactement la même rupture. L’IA ne tue pas la création, ce n’est pas la fin des artistes. Mais l’IA nous force à changer de rôle et de tâches.
Se libérer du cadre hérité
Quand j’avais 20 ans, j’étudiais en production de film. On tournait avec une caméra à manivelle (une Bolex) et on montait en coupant physiquement de la pellicule avec du “tape”. Chaque minute coûtait une fortune.
Si j’avais dit à ce David-là que 25 ans plus tard, on produirait des vidéos sur un écran de poche avec de l’IA générative, il m’aurait traité de fou.
Le problème, c’est qu’on anticipe le futur avec nos lunettes d’hier. On reste pris dans ce qu’on appelle des « cadres hérités » . On utilise des concepts du passé pour décrire une nouvelle réalité.
Prenez l’arrivée de la photographie. C’était tellement nouveau qu’il n’y avait même pas de mot pour ça. Les gens appelaient ça un « miroir avec mémoire » . On fait la même chose aujourd’hui : on dit « film » alors qu’on ne tourne plus sur de la pellicule, on parle de « page web » alors que ça n’a rien à voir avec un livre imprimé. On dit “téléphone” mobile, etc.
Le “miroir avec mémoire”, l’un des premiers appareil photo.
Nous sommes présentement dans cette phase de « miroir avec mémoire » avec l’IA. On essaie de faire entrer cette technologie de rupture dans nos vieilles cases. Mais pour avancer, il faut accepter de voir au-delà de nos référents.
Il faut… se libérer du connu.
La leçon du move 37
Pour comprendre ce changement de posture, il faut regarder l’histoire d’AlphaGo. C’est mon histoire préféré sur l’IA.
En 2016, l’IA AlphaGo affronte le champion du monde Lee Sedol au jeu de Go.
Durant la deuxième partie (sur 5), l’IA a joué le coup 37. C’était un coup tellement bizarre, tellement contre-intuitif, que tous les experts ont pensé que c’était une erreur, un bug de la machine. Lee Sedol lui-même était sidéré.
Mais ce n’était pas une erreur. Ce « Move 37 » a permis à l’IA de gagner la partie. Plus important encore : ce coup a complètement changé la façon dont les pros voient le jeu de Go, pourtant l’un des plus vieux jeux au monde. L’IA a ouvert une porte vers une créativité que l’humain n’avait jamais vue. Elle a montré un chemin qu’on n’aurait jamais pris seuls.
C’est là votre opportunité : trouver ce que la machine voit, mais que vous ne pouvez pas voir en tant qu’humain. Bref, un comme la lumière qui se trouve en dehors du spectre.
Ne soyez plus des faiseurs, devenez des chefs d’orchestre
La réalité brutale, c’est que tout ce qui est automatisable finit par l’être. Faut se rendre à l’évidence : reproduire de phrases ou des pixels sur un écran, c’est facile pour une machine.
Alors, si la machine peut exécuter la technique très facilement, votre valeur ne réside plus dans le « faire ». Elle réside dans la direction.
C’est un changement fondamental : vous devez passer du rôle de l’ouvrier à celui de l’architecte, du chef d’orchestre . Mais attention, être chef d’orchestre en 2026, ça ne veut pas dire regarder l’IA travailler et corriger à la fin. Ça veut dire l’inviter dès le début . Il faut traiter l’IA comme un collaborateur avec qui on dialogue pour explorer des idées, pas juste comme un sous-traitant à qui on délègue une tâche.
Dans ce nouveau rôle, votre superpouvoir n’est plus votre vitesse d’exécution, c’est votre clarté . Quand tout devient flou et bruyant, celui qui voit clair avance le plus vite. Diriger une IA demande une charge cognitive immense ; savoir exactement où l’on va est la seule façon de ne pas s’épuiser.
Et rassurez-vous : les fondamentaux ne changent pas. Les règles du marché restent les mêmes. Le salaire de la création, c’est toujours une audience qui regarde et une confiance qui se bâtit.
Au final, l’IA nous libère de la technique, mais elle nous laisse avec la responsabilité la plus lourde : donner du sens . Ce que la machine ne pourra jamais simuler, votre accent, vos doutes, votre vécu, vos imperfections, c’est exactement ce qui deviendra votre signature comme directeur ou directrice de création.